Une petite robe de fête

21 Sep 2020 | Dans la bibliothèque

Auteur : Christian Bobin

Nous n’avons pas toujours été rien, personne. Dans l’enfance nous étions tout et dieu n’était qu’une part infime de nos domaines – quelque chose comme un brin d’herbe dans un pré.

C’est avec la fin de l’enfance que l’attente a commencé. C’est après notre mort que nous avons commencé à attendre.

On fait quelques pas hors de l’enfance, puis très vite on s’arrête. On est comme un poisson sur le sable. On est comme celui qui piétine dans sa mort, un adulte.

Avec le regard simple, revient la force pure.

Vous n’êtes pas cause de ma solitude. Elle dormait en moi bien avant vous. Vous êtes celle qui – pour l’avoir réveillée – lui ressemble le plus.

“Une petite robe de fête” tient dans la bibliothèque, une place particulière.

Premiers mots de poésie reçus de la main d’une bien-aimée disparue. Premiers mots intelligibles depuis l’enfance dont je percevais enfin la fréquence. Un sens familier par delà le voile de l’insensé. Promesse ténue d’un possible que je n’osais alors croire.

Des mots délicats, dénudés, presque timides. Reflets d’un autre temps miroitant sur les pages. Incrustation sur la peau de l’âme.

 

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